Un petit déjeuner pour résister
À la fin des années 1960, alors que les États-Unis sont traversés par de profondes tensions sociales et raciales, le Black Panther Party lance l’un de ses programmes les plus emblématiques : le « Free Breakfast for Children Program » : une distribution de petits-déjeuners destinés aux enfants les plus pauvres. Une initiative simple en apparence, mais qui va rapidement devenir un symbole de solidarité, de résistance et d’autonomie communautaire.
Chaque matin, dès 5 heures, les membres du parti collectent des dons, récupèrent des invendus auprès des commerces et préparent des repas chauds. Ceux-ci sont ensuite servis aux enfants avant leur entrée en classe, notamment dans les quartiers populaires d’Oakland, en Californie. Très vite, des centaines, puis des milliers d’enfants bénéficient quotidiennement de ces petits-déjeuners gratuits.
Le succès est immédiat. L’initiative est rapidement reprise par les sections du Black Panther Party dans de nombreuses villes des États-Unis. En quelques mois, le programme nourrit chaque jour plusieurs milliers d’enfants à travers le pays. Pour de nombreuses familles, il devient un soutien vital face à la pauvreté et à l’abandon institutionnel.

La réaction du gouvernement
Mais cette popularité dérange. Le gouvernement fédéral considère le programme comme une menace. Non seulement parce qu’il s’accompagne de la diffusion de l’idéologie politique du Black Panther Party, mais surtout parce qu’il met en lumière l’incapacité des institutions publiques à répondre aussi efficacement aux besoins fondamentaux des populations les plus précaires, malgré des moyens bien supérieurs.

Le « Free Breakfast for Children Program » prend fin avec l’assassinat ou l’emprisonnement des principaux dirigeants du Black Panther Party, au début des années 1970. Privé de ses figures centrales et constamment harcelé par les autorités, le mouvement s’affaiblit progressivement, entraînant l’arrêt de nombreuses initiatives communautaires.
Pourtant, l’impact du programme « Free Breakfast for Children » dépasse largement sa disparition. Son efficacité pousse même le gouvernement américain à développer et élargir ses propres programmes de petits-déjeuners scolaires à l’échelle nationale. Ce que les Black Panthers avaient mis en place avec peu de moyens finit par devenir une politique publique.

Un symbole de résistance
Aujourd’hui encore, ce programme reste l’un des exemples les plus marquants de l’action sociale menée par un mouvement politique révolutionnaire. Il rappelle qu’au-delà des discours, nourrir, protéger et éduquer peuvent aussi être des actes de lutte. Un simple petit-déjeuner, devenu symbole d’une résistance concrète et solidaire.
