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Togo, le silence ou la mort : Chronique d’une monarchie version 21e Siècle

par KOFFI

18 août 2025

Depuis plusieurs mois, des manifestations à répétition avec intervention de l’armée et de la police font rage à Lomé, la capitale du Togo. Elles font suite à la détention de l’artiste togolais Aarmon, arrêté de manière arbitraire, ainsi que d’autres personnalités ayant critiqué le coup d’état déguisé de l’ancien régime. Des critiques qui s’étendent sur près de soixante-dix années, durant lesquelles la famille Gnassingbé a eu la mainmise sur le pays jusqu’à aujourd’hui. Retour sur les origines de la colère qui agite le peuple togolais et sur l’histoire méconnue de ce pays discret, mais stratégiquement convoité avec notre chroniqueur Koffi A.

Le Togolais a la réputation d’être calme, alors si l’on entend sa colère gronder, c’est qu’il y a problème ! Et comme on dit chez nous “Soleil levé ne peut se cacher”. De coup d’État à répression intensive, la famille au pouvoir qui compte deux présidents, n’a cessé de maintenir le peuple togolais dans une peur constante. Mais alors pourquoi entendez-vous parler du Togo seulement maintenant ?

L’histoire du Togo est peu connue, et pour cause : qui se soucie d’un pays de 56785 km2, pris en sandwich entre le Bénin et le Ghana ? Pourtant, le Togo est un point essentiel de l’espace Ouest africain. Le pays dispose de ressources naturelles en or et gaz mais aussi du port le plus profond de la côte Ouest, joyau économique convoité puis offert à plusieurs chefs d’entreprises néo-coloniales dont Vincent Bolloré et le groupe Total.

Sur le papier, le pays avait tout pour éclore…Alors pourquoi cette terre, jadis colonisée par l’Allemagne puis cédée à la France, a-t-elle du mal à se développer à l’instar de ses voisins ?

Retour en arrière où Sylvanus Olympio, qui devient le premier président togolais, le 12 Avril 1961, œuvre pour la mise en place d’une réelle indépendance. Avec lui, c’est l’espoir d’une véritable souveraineté togolaise pour le peuple et un système politique tourné vers l’avenir du pays, et la fin d’une servitude à l’ancien régime coloniale faussement démocratique comme dans la plupart des pays de la FrançAfrique.

Sylvanus Olympio en visite à Munich, en 1961.

Cependant, un peu moins de deux ans après son accession au pouvoir, le président de l’indépendance togolaise est assassiné le 13 janvier 1963 à Lomé par d’anciens soldats togolais ayant servi auparavant dans l’armée coloniale française.

S’ensuivent plusieurs années troubles qui vont garder le pays dans l’incertitude et la peur, jusqu’à la prise de pouvoir, en 1967, d’un certain chef d’état-major dénommé Gnassingbé Eyadema. Le premier président de la famille Gnassingbé est un pur produit des forces militaires coloniales. Avant son retour au Togo en 1962, il s’est engagé dans l’armée Coloniale au Dahomey voisin (l’actuel Bénin), a servi durant une dizaine d’années en Indochine, en Algérie et au Niger. Cette fulgurante ascension au pouvoir n’aurait bien sûr pas été possible sans l’appui de l’État français.  

L’installation de la dynastie Gnassingbé

Le régime Eyadema, c’est 37 ans à la tête du pays jusqu’à sa mort en 2005. Pendant ses années au pouvoir, Eyadema Gnassingbé interdira toute action démocratique. En 1969, il instaure le monopartisme avec la création de son parti politique, le Rassemblement du peuple togolais qui s’appuie sur une armée pléthorique largement dominée par son groupe ethnique “Kabyè”.

Le régime instauré est radical, mêlant violences, sacralisation du détenteur du pouvoir, obsession sécuritaire, corruption endémique et arbitraire, le tout soutenu par une constitution taillée sur mesure en décembre 1979. Tout ceci pour asseoir son pouvoir pas seulement sur le pays mais sur les générations à venir.

Le général Eyadéma Gnassingbé règne ainsi sur le pays par la terreur avec pour outils, l’armée et la police avec l’aide desquelles il continuera à assouvir sa volonté de souveraineté. Conséquences : dans certains quartiers populaires de Lomé, comme celui de Bè, des marches et manifestations contre le régime voient le jour. Des soulèvements qui se soldent par l’intervention de l’armée conduisant à la mort de manifestants tombés sous les balles ou tués par noyade dans la lagune qui jalonne le quartier.

Gnassingbé Eyadéma en 1983.

À la mort du général en février 2005, le Président Chirac lui rendra hommage en évoquant “la perte d’un ami cher à la France”. Son fils, Faure Gnassingbé, lui succédera. “Le fruit n’est pas tombé loin de l’arbre”… Et cet adage va s’intensifier tout au long de ses quatre mandats passés à la tête du pays, ce dernier exerçant une pression continue sur le peuple, à coup d’extorsion, corruption et violence.

La question demeure en suspens : pourquoi les Togolais sont font-ils entendre maintenant ?

Le tour de force du fils Gnassingbé

Eh bien, parce qu’après quatre mandats passés à la présidence, 20 années de pouvoir pendant lesquels son régime accès sur l’enrichissement personnel, le népotisme et le status quo d’un pays aux multiples possibilités de développements, l’ex-président, Faure Gnassingbé, a décidé de changer la constitution du pays, pour en faire un état parlementaire. Un régime parlementaire où pouvoir exécutif, militaire et économique sont détenus par le président de ce parlement. À noter que l’ex-président est également leader du parti le plus représenté “UNIR” (Union pour la République).

Un coup d’état diplomatique déjà utilisé par son père sous une forme différente. Car oui, il faut bien vivre avec son temps ! Avec cette manœuvre, le fils Gnassingbé s’assure que le contrôle du pays reste entre ses mains et ce, jusqu’à sa mort.

Désormais, le peuple togolais exprime tout simplement colère et lassitude face à plus de 70 ans de règne dynastique marqué par l’enrichissement personnel de ses dirigeants, tandis que l’économie stagne et que l’inflation ne cesse de croître. Ce même régime qui la bonté d'”offrir” un smic à 80 $ comme s’il s’agissait d’une aubaine pour le peuple togolais. 

Le président togolais, Faure Gnassingbé, à Pretoria le 25 mai 2019. Arrivé au pouvoir en 2005, il a été réélu à quatre reprises lors de scrutins contestés par l’opposition.

La révolte en marche du peuple togolais

Sans surprise, la réponse de ce nouveau gouvernement face aux critiques et au soulèvement populaire est l’oppression, comme jadis avec le père Gnassingbé. Plusieurs civiles ont été arrêtées arbitrairement, battus en pleine rue ou même abattus lors de manifestations pacifiques. On envoie l’armée et les milices punir le peuple à coup de tortures et lynchages publics, avec la volonté de mater une rébellion déterminée à mettre fin à ce système monarchique qui lui est imposé.

Le peuple se soulève ainsi contre un énième tour de force de la famille Gnassingbé visant à conserver le pouvoir coûte que coûte, ce, sans se soucier du nombre de mandats et des élections soumis au suffrage universel. Et ce sont ces critiques adressées au gouvernement par le peuple qui font couler le sang dans les rues togolaises. 

Sous couvert d’une fausse diplomatie, l’ex Président devenu Président du Conseil du Togo, Faure Gnassingbé perpétue la tradition familiale d’asservir son propre peuple pour ses intérêts personnels, et continue de prendre le Togo en otage. 

Pourtant, l’avenir du Togo passe nécessairement par le peuple et non ces familles qui braquent le pouvoir depuis des décennies et qui profitent des Togolais. Le Togo du premier président, Sylvanus Olympio, qui voulait un Togo libéré des colons et présidents vénales, est malheureusement encore loin mais ce jour viendra.

#MenyiTogo #freetogo

Koffi A.